Chômage des 15-24 ans : des millions d’emplois menacés à l’échelle mondiale

Chômage des 15-24 ans : des millions d’emplois menacés à l’échelle mondiale

Alors que 67 millions de jeunes de 15 à 24 ans étaient sans emploi en 2025, l’Organisation internationale du travail (OIT) tire la sonnette d’alarme : l’intelligence artificielle fait disparaître les postes d’entrée de gamme qui servaient de tremplin vers une carrière stable. Le taux de chômage mondial des jeunes a atteint 12,4 % en 2025, contre 12,3 % l’année précédente. Plus inquiétant encore, 257 millions de jeunes sont aujourd’hui en situation de NEET – ni en emploi, ni en études, ni en formation – soit 20 % de cette tranche d’âge.

Le rapport publié mardi 11 août par l’OIT met en évidence une tendance lourde : les professions qui représentaient traditionnellement des portes d’entrée sur le marché du travail – emplois de bureau, services, vente, industrie manufacturière – sont précisément celles où l’IA progresse le plus vite. Résultat : 6,1 % des emplois occupés par les 15-29 ans sont fortement exposés aux mutations technologiques actuelles.

Sukti Dasgupta, directrice du département emploi de l’OIT, a chiffré le risque : si 10 % de ces emplois exposés venaient à disparaître, ce sont 5,6 millions de jeunes actifs qui se retrouveraient au chômage ou contraints de changer radicalement de métier. Les régions les plus touchées entre 2023 et 2025 sont l’Amérique du Nord, l’Afrique du Nord et une grande partie de l’Europe.

Chômage des jeunes : une crise qui s’installe durablement

Le marché du travail mondial n’avait pas connu une telle configuration depuis la crise financière de 2008. La particularité de la période actuelle tient à un double phénomène : la croissance économique ralentit tandis que les changements technologiques s’accélèrent. L’OIT observe que les créations d’emplois ne compensent plus les destructions dans les secteurs où les jeunes étaient historiquement bien représentés.

Le taux de NEET constitue l’indicateur le plus préoccupant. Chez les 15-24 ans, ce taux atteint 20 % à l’échelle mondiale, avec des pics à plus de 30 % dans certaines régions d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Sara Elder, responsable des politiques de l’emploi à l’OIT, a prévenu : lorsque chômage et NEET augmentent simultanément, c’est le signe d’une déconnexion profonde entre la formation des jeunes et les besoins réels des entreprises.

Chômage des jeunes en chiffres

L’intelligence artificielle redéfinit les métiers d’entrée de gamme

Les métiers administratifs, autrefois un passage obligé pour des millions de jeunes diplômés, sont en première ligne. Les tâches de saisie, de classement ou de standard téléphonique, confiées auparavant à des premiers emplois, sont désormais automatisées à grande échelle. Aux États-Unis, la banque Goldman Sachs a récemment annoncé que 40 % de ses postes de junior analysts pourraient être remplacés par des systèmes d’IA générative d’ici 2027.

L’Europe n’est pas épargnée. En Allemagne, le secteur des services aux entreprises a supprimé 12 000 postes d’assistant administratif entre 2024 et 2025. En France, les centres d’appels ont réduit leurs effectifs de 18 % depuis l’arrivée des agents conversationnels capables de gérer des demandes complexes sans intervention humaine.

Face à cette mécanique, les jeunes se retrouvent souvent pris en étau : d’un côté, des emplois qui disparaissent ; de l’autre, des formations dont le contenu a cinq ou dix ans de retard sur les usages réels des entreprises. Le décalage entre les compétences enseignées et celles recherchées n’a jamais été aussi grand depuis l’avènement d’Internet.

En France, une situation qui se dégrade nettement chez les 15-24 ans

L’Hexagone illustre parfaitement cette tendance mondiale. Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage des 15-24 ans atteint 21,6 %, contre 19,1 % un an plus tôt. Cette remontée de 2,5 points en douze mois n’était plus arrivée depuis la crise sanitaire de 2020.

Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a réagi rapidement, en rappelant que la jeunesse constitue une priorité absolue du gouvernement. Sabrina Roubache, ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnelle, a mis en avant la voie professionnelle et l’apprentissage pour inverser la courbe. Ce secteur avait connu un essor spectaculaire avec la réforme de 2018 : +138 % d’apprentis entre 2019 et 2024. Mais les coupes successives dans les aides à l’embauche ont inversé la tendance dès 2025.

La question de l’emploi précaire se pose avec une acuité particulière dans ce contexte. Les CDD courts, l’intérim et les stages non rémunérés constituent désormais la porte d’entrée principale sur le marché du travail pour une majorité de jeunes diplômés, une situation qui rend l’insertion professionnelle particulièrement fragile.

L’apprentissage : un remède dont l’efficacité s’essouffle

Le gouvernement a promis de sanctuariser les crédits de l’apprentissage en 2027 pour rassurer étudiants et patronat. Pourtant, les chiffres montrent que le système atteint ses limites. Le coût par apprenti a augmenté de 15 % en deux ans, tandis que le taux de rupture des contrats dépasse désormais 30 % dans les métiers du commerce et de la restauration.

Les centres de formation d’apprentis (CFA) commencent à adapter leurs programmes pour intégrer des modules sur l’utilisation des outils d’IA dans les métiers visés. Mais cette transition ne se fait pas partout au même rythme. Les filières industrielles traditionnelles peinent à recruter des formateurs capables d’enseigner ces nouvelles compétences, créant une pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans des secteurs pourtant en tension.

Comparaison internationale : où en sont les autres pays ?

Le tableau ci-dessous présente la situation du chômage des jeunes dans les principales économies mondiales en 2025 et 2026, avec les tendances observées par l’OIT.

Pays Taux de chômage des 15-24 ans (2025) Taux de chômage des 15-24 ans (2026) Tendance
France 19,1 % 21,6 % Hausse marquée
Espagne 25,3 % 26,8 % Hausse continue
Allemagne 6,2 % 6,5 % Légère hausse
États-Unis 8,4 % 9,1 % Hausse modérée
Japon 4,1 % 3,9 % Amélioration
Inde 14,2 % 14,8 % Hausse lente

L’Espagne et la Grèce conservent les taux les plus élevés d’Europe, fragilisés par une économie fortement dépendante du tourisme et des services à faible valeur ajoutée. Le Japon, à l’inverse, tire son épingle du jeu grâce à une démographie qui réduit mécaniquement l’offre de main-d’œuvre jeune, une situation bien particulière.

Les économies émergentes d’Asie du Sud-Est montrent des signes encourageants : le Vietnam et les Philippines ont réussi à faire baisser leur taux de chômage des jeunes grâce à l’essor des usines de composants électroniques qui recrutent massivement des opérateurs de 18 à 25 ans.

Les secteurs qui recrutent encore malgré la crise économique

Tous les secteurs ne sont pas en souffrance. La transition écologique génère des besoins considérables dans l’installation de pompes à chaleur, l’isolation des bâtiments ou la maintenance des éoliennes. Ces métiers techniques, souvent accessibles avec un CAP ou un bac professionnel, offrent des salaires supérieurs à la moyenne et une stabilité que les emplois de bureau ne procurent plus.

Le numérique recrute également, mais avec des exigences élevées : les développeurs compétents en intelligence artificielle peuvent prétendre à des rémunérations à cinq chiffres dès leur premier poste. Le problème est que ces opportunités restent inaccessibles pour la grande majorité des jeunes sans formation spécifique.

Comment les jeunes peuvent-ils s’adapter à ce nouveau marché du travail ?

La réponse ne se trouve pas dans la fuite en avant technologique, mais dans un retour aux fondamentaux : les compétences humaines que l’IA ne remplace pas encore. La communication, la gestion de projet, la relation client et surtout la capacité d’apprendre rapidement constituent des atouts défensifs précieux.

Les filières d’insertion professionnelle les plus efficaces en 2026 combinent trois ingrédients : une alternance en entreprise dès la première année, un enseignement centré sur les outils numériques courants et un accompagnement personnalisé vers l’emploi. C’est ce modèle que la Finlande applique depuis dix ans avec des résultats probants, puisque le taux de chômage des jeunes y est passé sous la barre des 10 % pour la première fois cette année.

Les jeunes qui acceptent de se former aux outils d’IA, même sans en faire leur métier, disposent d’un avantage compétitif certain. Un assistant comptable qui maîtrise les outils de saisie automatisée, un vendeur qui utilise les recommandations prédictives pour conseiller ses clients : voilà les profils que les entreprises s’arrachent.

L’emploi des jeunes reste un défi structurel que ni la croissance économique ni les politiques publiques ne suffiront à résoudre seules. La crise actuelle pousse une génération entière à se réinventer, dans un contexte où les certitudes d’hier ne valent plus pour demain. Ceux qui parviendront à s’adapter dans cette incertitude pourront tir leur épingle du jeu, mais les autres risquent de se heurter à une barrière d’entrée toujours plus haute sur le marché du travail.

L'IA va-t-elle voler nos emplois ?

Est-ce que l'IA va vraiment supprimer mon premier emploi ?

Les postes avec des tâches répétitives comme la saisie ou le standard sont les plus menacés. Beaucoup de centres d'appels ont déjà réduit leur personnel. Pour l'instant, les métiers qui demandent du contact humain ou de la créativité restent en sécurité.

Faut-il éviter les métiers administratifs pour trouver un travail ?

Inutile de les éviter complètement, mais viser des postes qui exigent du jugement ou du relationnel. L'IA s'occupe du classement et des mails, pas de la négociation client.

Ça vaut le coup de se lancer dans l'apprentissage en France ?

L'apprentissage a bondi de 138 % depuis la réforme de 2018. C'est une vraie porte d'entrée, surtout dans les métiers manuels et les services à la personne.

Quels secteurs recrutent encore des jeunes sans diplôme ?

La restauration, le BTP, la logistique et les services à la personne embauchent toujours, souvent sans condition de diplôme. Les salaires ne sont pas énormes, mais on gagne de l'expérience.

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2 commentaires

  1. Bonjour Mathis, l’orientation doit intégrer les métiers hybrides. Acquis transversaux et reconversion restent vos meilleurs atouts.

  2. Les chiffres sont parlants : 6,1% des jeunes exposés. Il faut former dès l’école aux compétences IA pour éviter la casse.

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