Dans les Hauts-de-France, plus de 223 000 jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Ce chiffre, révélé par l’Insee, place la région en tête des territoires métropolitains les plus touchés par ce phénomène. Un défi de taille pour une région qui compte pourtant plus de 1,1 million de jeunes.
Ce constat interpelle d’autant plus que la situation s’améliore lentement depuis une décennie, mais reste préoccupante. Décryptage d’un enjeu majeur pour la jeunesse et l’insertion professionnelle en 2026.
Hauts-de-France : le défi de l’insertion des jeunes sans emploi ni formation
En 2023, 20,3 % des jeunes de 15 à 29 ans des Hauts-de-France étaient considérés comme NEET (Not in Education, Employment, or Training), soit la proportion la plus élevée de France métropolitaine. Parmi eux, deux sur trois se déclarent au chômage, illustrant des difficultés réelles d’accès à l’emploi et à la formation professionnelle.
La part de jeunes NEET atteint son niveau le plus élevé à 23 ans, un âge charnière où l’entrée sur le marché du travail devient cruciale. Ce décrochage n’est pas une fatalité, mais il pose la question des parcours et des aides disponibles.
« Mon diplôme en poche, je n’ai pas trouvé de contrat dans ma région. J’ai enchaîné les petits boulots avant de comprendre qu’il fallait une reconversion », témoigne Lucas, 25 ans, originaire de Lens.
Des disparités territoriales marquées dans la région
L’analyse des données régionales montre que l’absence de formation et le chômage des jeunes ne touchent pas uniformément le territoire. Les quartiers prioritaires de la politique de la ville et certaines zones rurales de l’Aisne ou de l’Oise concentrent les taux les plus élevés.
| Département | Part de NEET (15-29 ans) | Évolution sur 10 ans |
|---|---|---|
| Nord | 21,4 % | -2,1 points |
| Pas-de-Calais | 20,8 % | -1,8 point |
| Oise | 19,2 % | -2,5 points |
| Somme | 18,9 % | -1,9 point |
| Aisne | 22,7 % | -1,2 point |
Ces écarts révèlent des besoins d’accompagnement spécifiques. Malgré une baisse générale, le rythme reste insuffisant pour rattraper la moyenne nationale. Le manque de mobilité, l’absence de solutions de garde pour les jeunes parents ou encore la faiblesse de l’offre de transports dans certaines zones aggravent la situation.
Chômage des jeunes : quelles solutions concrètes dans les Hauts-de-France ?
Face à ce défi, la région et l’État ont mis en place des dispositifs pour renforcer l’insertion professionnelle des jeunes. L’objectif est clair : éviter la spirale du découragement et proposer des passerelles vers une carrière durable.
- Le contrat d’engagement jeune (CEJ) : un accompagnement intensif de 15 à 20 heures par semaine, proposé par France Travail, pour définir un projet professionnel et lever les freins (mobilité, logement, santé).
- La garantie jeunes : une allocation mensuelle en contrepartie d’une démarche active d’insertion, qui a déjà aidé des milliers de jeunes dans la région.
- Les écoles de la deuxième chance (E2C) : un parcours de formation en alternance pour les jeunes sans qualification, avec un accompagnement individualisé et des stages en entreprise.
- L’épide (établissement pour l’insertion dans l’emploi) : un internat de 8 mois pour apprendre les codes de l’entreprise et construire un projet professionnel.
Ces outils ne suffisent pas toujours. Le directeur régional de France Travail, Frédéric Danel, soulignait en mars 2026 que « le chômage est à un niveau historiquement bas » dans la région, mais que les jeunes sans formation restent la priorité. Les entreprises locales peinent à recruter sur certains métiers, tandis que les jeunes manquent souvent d’information sur les filières porteuses.
Des secteurs qui recrutent et des parcours de réussite
Dans les Hauts-de-France, des secteurs comme l’industrie, la transition énergétique, le numérique ou encore les services à la personne offrent des opportunités réelles. Des formations courtes et qualifiantes permettent d’accéder rapidement à un emploi.
Prenons l’exemple de l’usine Renault de Douai, qui recrute des techniciens de maintenance formés en alternance. Des jeunes sortis du système scolaire sans diplôme ont intégré ces parcours et occupent aujourd’hui des postes stables. Ce type de trajet mérite d’être mieux connu, car il prouve que l’absence de formation initiale n’empêche pas une évolution de carrière lorsqu’une passerelle est saisie.
La clé réside dans l'orientation et l'accompagnement. Les missions locales jouent un rôle essentiel, mais leur charge de travail est importante. Un meilleur maillage entre les entreprises, les centres de formation et les structures d’accompagnement pourrait accélérer la réduction du nombre de jeunes NEET.
Le défi est immense, mais des solutions existent. Chaque jeune accompagné vers un emploi ou une formation est une victoire contre le décrochage. Les acteurs régionaux, les entreprises et les jeunes eux-mêmes ont tout à gagner à mutualiser leurs efforts.

Passé par une école de commerce avant de bifurquer vers le journalisme web, il couvre depuis six ans les sujets études, emploi et carrière pour un public étudiant et jeune diplômé. Curieux des mutations du marché du travail, il préfère les témoignages concrets aux grandes théories.